Au Mali, dans un rapport de 2019, le ministère de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille chiffrait les violences basées sur le genre (VBG) comme suit : 86 viols, 894 agressions sexuelles, 1 082 agressions physiques, 615 mariages d’enfants et 1 725 dénis de ressources. Entre 2012 et 2019, 20 771 VBG ont été enregistrées au Mali, dont 4 617 cas en 2019, d’après le rapport du sous cluster VBG de la société civile.

Selon l’EDSM VI, 49% des femmes maliennes de 15 – 49 ans en union ou en rupture d’union ont subi à un moment de leur vie des actes de violence émotionnelle, physique et / ou sexuelle. 89% des femmes de 15 – 49 ans et 73% des filles de 0 – 14 ans ont subi des mutilations génitales féminines et 53% des femmes ont été mariées avant 18 ans et 18% avant 15 ans.

La Commission vérité, justice et réconciliation a quant à elle recueilli en 2019 5 368 dépositions de femmes victimes de violences diverses : 331 filles mineures, 5 007 femmes majeures et 3 800 femmes mariées.

Toutefois, en dépit de ces chiffres alarmants, l’impunité des auteurs de ces violences demeure inquiétante. Elle est imputable au non-respect des textes, aux facteurs sociaux et aux pesanteurs culturelles, à l’intimidation et à l’influence de la religion, entre autres. Néanmoins, en attendant des solutions idoines, ils sont nombreux a apporté une assistance psychosociale, médicale, sécuritaire, judiciaire aux victimes à travers des centres d’appui.

L’accueil, l’écoute, l’orientation et la prise en charge sanitaire des femmes victimes de violences basées sur le genre (VBG)  est assuré à plein temps par des centres holistiques mise en place par le gouvernement et des associations de défense des droits des femmes. Par genre, entendez par une référence aux idées et attentes largement partagées (normes) concernant les hommes et femmes. Il comprend les caractéristiques, les capacités et les comportements « typiquement » féminins ou masculins. Cela dit, bien que cette notion ne se limite pas qu’à la seule notation des femmes, elle est utilisée couramment dans nombre de pays pour les désigner.

Un accompagnement sans failles

À l’Association pour le progrès et la défense des droits des femmes  (APDF), la lutte contre les violences basées sur le genre passe par des actes concrets, affirme Mme Diawara Bintou Coulibaly, la Présidente de la structure. « Notre organisation intervient dans plusieurs domaines auprès des femmes et filles victimes de VBG. Elle est en centre d’écoute, d’assistance juridique et judiciaire et un lieu d’hébergement qui laisse à toutes la possibilité du choix de la résolution de son problème, une fois identifié ». Et d’ajouter « à l’APDF, les victimes sont consultées, s’il y a nécessité, par un psychologue et un médecin généraliste qui s’occupent de leur prise en charge médicale ».

Parlant des dames hébergées, Mme Diawara et son équipe leur offrent des activités génératrices de revenus, coupe et couture, teinture, etc… Car l’organisation est en pointe dans la réinsertion sociale des victimes des violences basées sur le genre.

Mais l’aide apportée aux victimes de VBG ne se limite pas aux seules organisations de défense des droits des femmes. Le gouvernement, avec l’appui du Système des Nations-Unies, à l’instar du Rwanda, a décidé de mettre en place des centres de prise de charge holistiques, intégrés à des centres hospitaliers à travers tout le Mali. Le premier, One stop center, a vu le jour au Centre de santé de référence (CS Réf-CV) de la Commune V en octobre 2017. Il offre des services d’assistance psychosociale, médicale, sécuritaire, judiciaire et juridique, affirme son Coordinateur Dr Adama Dembélé. À ses dires, de sa création à nos jours, 603 cas de VBG ont été enregistrés et pris en charge par son centre. 208 sont liés au viol / pénétration, 100 à une agression sexuelle, 220 à une agression physique, 6 à un mariage forcé, 23 à un déni de ressources et 46 à des violences psychologiques.

Toutes les tranches d’âges ont été touchées, même si c’est la tranche d’âge de 18 – 34 ans la plus représentée (47%), suivie de celle des 12 à17 ans (34%). Dr Dembélé poursuit : « parmi les 603 cas enregistrés et pris en charge par le centre, 91% sont des résidents maliens et 8% des ressortissants étrangers ». Mais il déplore, la non-manifestation des victimes qui s’est aggravée avec l’avènement du coronavirus, même s’il est trop tôt pour établir des statistiques.

Car si, dans certains pays, les mesures sanitaires imposées par le coronavirus (couvre-feu et confinement) ont été considérées par certaines organisations de défense des droits de femmes spécialisées dans la lutte contre les VBG comme des facteurs aggravant le phénomène, au Mali, le contraire semble s’être produit durant la période de couvre-feu.

Certains intervenants du centre One stop Center s’attendaient à un débordement, mais ils ont plutôt vu leur travail allégé. Voulant donner une explication à cette situation, ils mentionnent la crainte de la fréquentation des hôpitaux en période de pandémie de Covid-19 mais aussi des facteurs liés à la peur des représailles en cas de plainte, à la stigmatisation et la méconnaissance des procédures judiciaires.

L’impunité en dépit des efforts

Malgré l’implication des organisations des droits des femmes et les efforts récents des autorités, beaucoup reste à faire dans la répression des violences basées sur le genre, surtout si l’on s’en tient au poids de la gestion à l’amiable, c’est-à-dire celle basée sur le recours au « social », où les victimes sont obligées de souffrir en silence.

Ce qui n’empêche pas Michel Diassana, adjoint au Procureur de la Commune  VI, de souligner que les  sanctions contre les auteurs et présumés auteurs de VBG sont prises en charge par le Code pénal. Pour lui, certains cas peuvent être réprimés par des peines d’un à cinq ans d’emprisonnement et des amendes. Des propos confortés par Moussa Coulibaly, juge au siège du Tribunal de la Commune IV, qui signale que les violences basées sur le genre peuvent souvent également être des causes de divorces.

En définitive, il est à rappeler qu’en matière de VBG la hausse ou la diminution des cas ne peuvent être évalués qu’à travers une référence des intéressées auprès des structures appropriées afin de bénéficier de l’accompagnement qui leur est dû. Sinon, il sera difficile de parler de répression!

Fatoumata Traoré