Facebook, WhatsApp, Instagram, Snapchat, Twitter et autres sont devenus nos habitudes depuis quelques années. Si ces sites de rencontre ont copieusement contribué à la constitution d’un village planétaire, où la vie devient de plus en plus facile, ils ont aussi un côté diabolique sur le continent. Dans cet article, nous parlons justement des côtés diurnes et nocturnes de ces outils en Afrique.

Du printemps arabe (2010) à la chute d’Oumar El-Béchir au Soudan (2020), en passant par le départ « forcé » de Blaise Compaoré au Burkina Faso (2014), ou celui d’Abdoulaye Wade au Sénégal (2012) ou tout récemment Ante abana au Mali, Facebook, WhatsApp et Twitter ont grandement contribué à amplifier les différents mouvements de contestation en Afrique ces dernières années. Il suffit d’un seul clic pour que le facebooker partage ses idées, convainc et fasse adhérer des dizaines des milliers d’internautes en ligne. Si les politiques, surtout ceux réputés pour être des « dinosaures », payent le prix fort, les réseaux sociaux n’ont pas laissé un terrain neutre ; ils ont pénétré dans tous les secteurs de notre vie.

Une galette à deux facettes

« J’ai non seulement retrouvé des parents, des anciens amis, mais aussi et surtout tissé des liens avec d’autres personnes dont je n’aurais jamais connu sans les réseaux sociaux », explique Ibrahim Traoré depuis son compte WhatsApp. Espaces de rencontre et de discussion avec ses parents et amis, les réseaux sociaux servent également de cadre de formation en cette période de coronavirus où les écoles sont fermées depuis plusieurs mois. En effet, nombreux sont les apprenants qui bénéficient des cours à distance dans des classes virtuelles, sans compter les pages facebook, les groupes WhatsApp et les chaînes youtube créés par des experts des différents domaines.

Plus rapides que la télévision, la radio ou même les sites web d’informations, les internautes déguisés en médias de circonstances partagent, en revanche, des informations souvent incomplètes, incompréhensibles voire même erronées en longueur de la journée. Ce qui met en doute l’authenticité de certaines informations récentes. A côté de cela, les RS sont devenus un cheval de bataille pour les escrocs, les prostituées et autres prédateurs (arnaqueurs et brouteurs). Cachés souvent derrière des faux profils, ils en ont fait des nombreuses victimes qui nous ont témoigné le piratage de leurs comptes.

Loin de la société d’initiation, prêchée par Amadou Hampâté Ba, où l’homme se construit dans le temps, l’Afrique traditionnelle en est considérablement impacté. Entre autres, les images choquantes, les insultes et les harcèlements, étalés sur le fil d’actualité, affectent naturellement les plus jeunes qui ne tardent pas de prendre les auteurs pour des modèles. Et le plus lamentable en Afrique est que tout le monde, sans distinction d’âge ou de genre, est accès au même contenu. Sans oublier, enfin, les plateformes à connotation religieuse, tribale, nationaliste ou partisane. Le rôle de celles-ci ne serait pas bien entendu des moindres dans l’émergence des groupuscules, des associations et pourquoi pas des milices communautaristes qui se sont multiplié çà et là sur le continent ces dernières années.

Un « virus » qui guette toute une société

« A cause des réseaux sociaux, je n’ai pas pu économiser de l’argent à un moment donné », se plaint Alassane. Avec un smartphone plus ou moins de qualité, qui s’alimente de l’électricité, l’internaute doit se procurer d’une connexion internet tarifiée afin de garder le lien de contact avec ses amis.

A la question de savoir justement si les réseaux sociaux entraînent un gaspillage d’argent, un enseignant dit le négatif. Pour lui, il faut plutôt penser à ce que les réseaux sociaux rapportent en retour. « Au lieu d’acheter un carburant à 1000 FCFA pour aller voir les résultats du concours, un forfait internet de 250 FCFA suffit pour voir et les résultats et beaucoup informations plus intéressantes en un laps de temps », illustre-il.

Économiques pour certains, les RS sont aussi sources des revenus pour d’autres. Si les start-up s’en sortent bien en faisant connaître leurs prestations à moindres coûts, les firmes et les entreprises en profitent aussi avec des pages qui permettent à la fois de promouvoir leurs produits et de garder le contact avec leurs clients.

Un monde de rencontre, d’échange, d’information, de formation et d’opportunités, face à ces multiples avantages, M. Maïga n’hésite pas de dire : « Personnellement, je n’ai tiré que des avantages sur les réseaux sociaux, car je sais comment les utiliser », allant de l’idée selon laquelle il suffit de se déconnecter, de bloquer un troll ou même de se débarrasser de son smartphone pour éviter le mal.

Si un utilisateur sait bien dévier les dérives, l’on ne serait, toutefois, tenté de méprendre l’hécatombe qui surplombe l’Afrique. Il faut entendre par là que la question va du personnel au général. Comment faire face à un phénomène dégradant qui guette toute une société ? Peut-on vraiment échapper à un « virus » qui atteint un ou plusieurs membres de sa famille, ses amis ?

A l’heure où les smartphones inondent les marchés, il y a lieu de s’inquiéter pour l’avenir de la jeunesse africaine des 10 ou 20 prochaines années. A défaut de briser le carcan du néocolonialisme, en créant un comme la Chine et la Russie l’ont fait, il urge que les décideurs du continent repensent des politiques d’utilisation efficaces de ces outils à la fois avantageux et dangereux.

Mamédy Dramé / Journal L’inspecteur